LIBIA : René NABA mis à nu derrière son « portrait total » de Kadhafi

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Les Pacifistes de Tunis, 23 janvier 2012
http://bit.ly/yd15JY

A la manière d’un forgeron, procureur général, télégraphiste, voire les trois simultanément, René Naba égrène une longue série d’accusations faisant abstraction, la plupart du temps, du contexte des événements qu’il prétend décrire objectivement [1-3]. Il qualifie d’emblée Gaddafi de personnalité « narcissique ». Or, cet adjectif ne s’applique-t-il pas plutôt à lui-même et aux autres individus s’étant donné comme mission d’interpréter le monde pour des masses quasi-ignorantes: de l’éditorialiste « altermondialiste » français Ignacio Ramonet du Monde Diplomatique à l’intellectuel israélo-palestinien Azmi Bichara sur Al-Jazeera ? Tous auraient certainement été plus crédibles s’ils n’avaient pas, criminellement, hurlé avec les loups. Ramonet, par exemple, avait jugé la guerre de l’OTAN « désirable »(sic) et Gaddafi « indéfendable »(sic).

Naba, plus visionnaire encore que le précédent, écrivait dès la fin du mois de février 2011, que  la révolte arabe en général apparaissait comme la « première révolution démocratique du XXI me siècle » « sans soutien extérieur »(sic)… Gaddafi, quant à lui, « ploya[i]t sous l’assaut de son peuple » «dans une « véritable guerre » (sic) « de libération populaire contre sa dictature »… La révolution qui l’a porté au pouvoir en 1969 relèverait, selon lui, de « procédés tortueux »(sic)[1].

Le Livre Vert ne serait pas un subtil syncrétisme de théories européennes libertaires de la fin du XIXème siècle, du fond socialiste de l’Islam et de la solidarité tribale mais un vulgaire « condensé de théories contradictoires glanées de l’air du temps »[2]. Evidemment, l’ex-responsable de l’AFP ne cite pas une seule des merveilles sociales du monde, réalisées de manière exclusive dans la Grande Jamahiriya Libyenne et qui ont tant d’importance pour les Africains par exemple [4-5].

De même, il ne juge pas opportun, lui qui se complait tant à rappeler l’étymologie des noms arabes, de rappeler que « Jamahiriya », basée sur la racine «Jamahir » (masses populaires), est la forme plurielle de « Joumhour » (simple public, bloc humain, que l’on trouve dans « Joumhouriya », république). La Jamahiriya est le gouvernement des masses populaires par et pour elles-mêmes, appelée à dépasser, historiquement, la simple notion de « Joumhour-iya », république typiquement capitaliste. Elle se veut un système démocratie directe, d’autogestion populaire, dans lequel les partis politiques (connus pour être toujours inféodés à des intérêts personnels, financiers, corporatistes ou à des puissances étrangères) sont désormais inutiles. Mais pour Naba, la Jamahiriya est « un socialisme sans socialistes, une démocratie sans démocrates et un pouvoir populaire sans peuple » ; bref, une « populocratie »…[2]. Il ira même plus loin en la qualifiant gratuitement d’«Etat des massacres populaires»[3].

Or, n’est-ce pas parce que la révolution libyenne de 1969 s’est consolidée pendant 42 ans par son humanisme et sa base populaire réelle que le peuple libyen a pu résister à 7 mois de bombardements intensifs par 40 Etats guidés dans leur entreprise meurtrière par l’OTAN ? Aucune « dictature » au monde, comme celle, imaginaire, que dépeint Naba, n’aurait pu résister, ne serait-ce qu’un seul mois, à un blocus total (économique, médiatique) et des bombardements continus d’une telle ampleur [6]. La Jamahiriya, qualifiée encore de l’« une des plus grandes supercheries politiques de l’histoire arabe contemporaine »[2], a ainsi passé l’épreuve du feu de l’OTAN et de la guerre médiatique à outrance…

S’agissant d’un « portrait total » et se voulant, par conséquent, exhaustif, Naba se livre à des jugements sordides: « Le blocus de la Libye a duré sept ans (12 avril 1992-11 décembre 1999), le plus court blocus de l’histoire contemporaine. En comparaison, Cuba résiste depuis cinquante ans au blocus américain. Malgré toutes les privations, le régime castriste continue de tenir tête à la première puissance militaire de la planète pourtant située à quelques encablures de l’Île. Fidel Castro assumera la transition du pouvoir après s’être assuré de la relève révolutionnaire en Amérique latine, Hugo Chavez au Venezuela et Evo Morales en Bolivie »[3]. On  ne peut mieux apprécier l’absurdité de cette comparaison qu’en la rapprochant de l’avis de Fidel Castro lui-même lequel a déclaré, après un mois seulement de résistance de la Jamahiria à l’assaut impérialiste, que devant le «caractère nazi-fasciste» de cette guerre, la résistance de la Libye m’étonne vraiment »[7].

Bien entendu, les mêmes « poncifs » qui ont servi à justifier cette guerre dans les médias populaires « occidentaux », reviennent dans l’analyse prétendument « savante » de Naba. Il en va ainsi des « mercenaires recrutés aux confins de l’Afrique, principalement des Kenyans » aux « raids aériens incessants menés par des mercenaires de l’Europe de l’Est (Biélorussie, Ukraine, Serbie) ». Le « journaliste d’investigation » est formel : Gaddafi « noiera dans un bain de sang et sa révolution et ses compatriotes qui ont bravé son autorité, après en avoir tant bavé pendant 42 ans. Près de six mille tués en deux semaines de contestation […] »[3].

Or, cette histoire de « mercenaires » africains  ou non, mais surtout « africains », fut un gros mensonge par ailleurs amplifié par un canular simultané d’Al-Jazeera, du réseau Voltaire et des amis iraniens de René Naba, évoquant un contrat de 50 000 « mercenaires africains », que Gaddafi aurait conclu avec…. Israël [8].

Très tôt pourtant,  des analystes plus sérieux se posaient la question de « l'histoire étrange du bilan des victimes de la répression de Kadhafi »[9]. En effet, a posteriori et selon les organisations les plus proches des Etats  impérialistes engagés (Amnesty International, Human Rights Watch), il apparaît que le nombre total des victimes des affrontements initiaux ne dépassa pas celui de la répression dans la Tunisie voisine laquelle fut entourée de tous les égards par les « Occidentaux »…

Sûr de lui, Naba soutient dès le début le caractère « spontané » et « démocratique » de la « révolution en Libye : « L’annonce samedi 25 février 2011 par l’ancien ministre de la justice de Libye, M. Moustapha Abdel Jalil, de la formation à Benghazi d’un comité national, sorte de Haut comité de salut public, représentatif de toutes les provinces du pays et de ses couches socio politiques en vue de piloter la transition de l’ère post Kadhafi a porté le coup de grâce à la légitimité et à la représentativité du guide de la Jamahiriya »[3]…

Ainsi, le « portrait total » établi par Naba se fonde-t-il sur un tissu de mauvaise foi et de mensonges. Deux d’entre eux ont également retenu notre attention : le premier au sujet de la ville de Brega et le second à propos de l’avion de Lockerbie.

Concernant le premier,  on peut lire : « Il [Gaddafi] tentera un coup de bluff, en reprenant temporairement une localité à proximité de Benghazi, le terminal pétrolier d’Al-Braiga, dans le golfe de Syrte, le fief de sa tribu, avant d’en être délogé »[3]. Or, quiconque a suivi cette guerre au jour le jour sait que ce port est en fait resté dans les mains du gouvernement légal de la Jamahiriya pendant les 7 mois de bombardements de l’OTAN couplés aux attaques terrestres. La télévision de la Jamahiriya consacrait régulièrement des images du jour même montrant la « tranquillité » du lieu et des habitants étaient interrogés.

Enfin, s’agissant de l’avion de Lockerbie, William Blum n’a de cesse de rappeler : «pour la 10ème fois, Kadhafi n’est pas l’auteur de l’attentat contre le vol 103 de la PanAm en 1988. Merci d’en informer vos auteurs progressistes préférés»[10-11]. Pour la journaliste d’investigation Linda Heard, il est clair que la Libye a été piégée (par la CIA) et une ex-employée de cette agence d’espionnage explique que la Jamahiriya a en fait été attaquée parce que Gaddafi aurait soudain réclamé la somme de 2,7 milliards de dollars qu’il avait avancée pour « avoir la paix » sur ce dossier [12-15].

En conclusion, et à la lumière de ce contre-feu de l’OTAN, on pourra mieux apprécier la faillite morale de médias comme l’AFP (Agence France Presse) après que l’on é été informé que René Naba y a longtemps occupé, au service diplomatique, le poste de responsable du monde arabo-musulman [1-3]...

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[1] René Naba.
"Libye: Kadhafi, portrait total (1/3)". 28 fév. 2011

 http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23440

 [2] René Naba. "Libye: Kadhafi, portrait total (2/3)". 5 mars 2011

 http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23537

 [3] René Naba. "Libye: Kadhafi, portrait total (3/3)". 6 mars 2011

 http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23546

 [4] 16 choses que la Libye ne verra plus jamais sous le régime des rebelles de l'OTAN

 http://www.mathaba.net/news/?x=629247

 [5] ALAC (African-Libyan Action Committee). Déclaration et analyse d’ALAC sur l’assassinat du colonel Kadhafi par les impérialistes de l’OTAN et leurs supplétifs du CNT de Benghazi. In : C. De broeder & M. Lemaire. Témoignage de Libye. N°42, 1er déc. 2011

 http://lavoixdelalibye.com/?p=2418

 [6] Jorge Capelán y Toni Solo [Libye : Pharisiens et destruction d’un peuple]. 22 septembre 2011

 http://tortillaconsal.com/fariseos.html

 [7] Fidel Castro : Devant le « caractère nazi-fasciste » de cette guerre, La résistance de la Libye m’étonne vraiment. »

 http://www.legrandsoir.info/Libye-un-incendie-qui-peut-tout-embraser.html

 [8] Le chef de l’Etat libyen n’a jamais demandé à Israël l’envoi de «50 000 mercenaires» «africains» (sic) comme l’ont prétendu le Réseau Voltaire (France), Al-Jazeera (Qatar) et Presstv (Iran).  Par Les Pacifistes de Tunis.

 http://bit.ly/v1ZV8w

 [9] Cédric Rutter. 6000 morts avant l'intervention ? L'histoire étrange du bilan des victimes de la répression de Kadhafi.

 http://www.michelcollon.info/Libye-6000-morts-avant-l.html

 [10] William BLUM. Barack « je tuerais pour un prix nobel de la paix » Obama. Mardi 5 avril 2011. Le Grand Soir

 http://www.legrandsoir.info/Barack-je-tuerais-pour-un-prix-nobel-de-la-paix-Obama.html

 [11] William_Blum. On Lockerbie

 http://killinghope.org/bblum6/panam.htm

 [12] Linda J. Heard. Lockerbie Bombing: Libya was Framed. Global Research, February 24, 2011

 http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=23362

 http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=FAS9QwBVuFc

 [13] Susan Lindauer. The real reason Libya was attacked (1)

 http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=FAS9QwBVuFc

 [14] Susan Lindauer. The real reason Libya was attacked (2)

 http://aangirfan.blogspot.com/2011/03/libya-lindauer-lockerbie.html

 [15] Susan Lindauer. The real reason Libya was attacked (3)

http://www.scoop.co.nz/stories/HL1103/S00072/lockerbie-diary-gadhaffi-fall-guy-for-cia-drug-running.htm